Qu’est-ce qui fait la particularité de l’éducation adventiste ? Alors qu’on peut penser à de nombreux éléments distinctifs, ils se fondent tous sur une structure unique et déterminante, qui est la philosophie de l’éducation adventiste.

À première vue, le texte de Colossiens 2.8 peut laisser perplexe : « Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie au moyen d’une philosophie trompeuse et vide… » (NBS1). Sur la base de cette déclaration, on pourrait croire que la philosophie est à bannir. Pourtant, la philosophie n’est « qu’un ensemble d’idées sur la façon de faire quelque chose ou de vivre »2. Ce mot est tiré du grec φιλοσοφία (philosophia) qui signifie littéralement « amour de la sagesse »3.

Ainsi, le problème n’est pas d’avoir un ensemble de principes directeurs sur la façon de conduire l’éducation ni de rechercher la sagesse. Après tout, dans Proverbes 4.74, la Bible nous rappelle d’acquérir la sagesse.

Comme Paul le souligne, le problème est de savoir d'où l'on tire cet ensemble d'idées, vers quoi on se dirige dans la recherche de la sagesse. Paul nous a avertis : « selon la tradition des humains, selon les éléments du monde, et non pas selon Christ. »

En substance, il est possible de formuler et de mettre en œuvre une philosophie de l’éducation biblique centrée sur Dieu. Mais on peut aussi adhérer à son antithèse, c’est-à-dire à une approche séculière qui élimine Dieu de l’équation, que ce soit par une philosophie de l’éducation traditionnelle ou contemporaine. Voilà où se trouve le danger.

En tant qu’éducateurs, nous devons absolument et clairement comprendre la philosophie biblique de l’éducation adventiste. Ellen White a écrit : « Les éducateurs ont besoin de se familiariser avec la véritable philosophie, et où peut-on la trouver plus parfaite et complète que dans la Parole de Dieu ? Cette Parole ouvre un chemin sûr dans lequel nos pieds peuvent voyager en toute sécurité 5. »

Ainsi, la philosophie éducative adventiste du septième jour est basée sur le socle de la Bible. Elle est aussi guidée par les écrits d’Ellen G. White, particulièrement dans son ouvrage Éducation6. Et elle est exprimée succinctement dans la politique de travail de la Conférence générale (General Conference Working Policy7), section FE 05 10 (voir Illustration 1). En nous basant sur ces sources, nous allons mettre en évidence sept composants clés qui constituent les éléments essentiels d’une philosophie de l’éducation adventiste du septième jour8. Ces éléments interconnectés nous aident à identifier le but, le produit, le paradigme, la perspective, le processus, le pouvoir et la priorité de l’éducation adventiste.

1. L’image de Dieu

À la création, les humains ont été créés à l’image de Dieu, et à sa ressemblance (Genèse 1.26, 27). Étant créés à l’image de Dieu, imago dei, nous avons la capacité d’aimer (Jean 3.16,17.1 ; 1 Jean 4.16), l’aptitude d’entrer en relation et de communiquer (Genèse 1.3, 26-29 ; 2.18, 23 ; 3.8), la compétence d’administrer (Genèse 1.28 ; 2.15), et les talents de créativité, de prise de décision, et de la pensée rationnelle (Genèse 2.16,17 ; Josué 24.15 ; Ésaïe 1.18).  Il s’ensuit que chaque fois que nous nous faisons un ami, serrons un enfant dans nos bras, donnons un nom à un animal familier, faisons un portrait, envoyons un message, nous proclamons que nous sommes faits à l’image de Dieu.

Par contre, la caractéristique principale de l’image de Dieu se trouve dans notre nature spirituelle et morale (Genèse 9.6 ; Jean 4.24). Nous pouvons communiquer, développer des relations, exercer un leadership et faire preuve de créativité. Mais à moins que ces fonctions ne soient guidées par des valeurs morales tirées des principes incarnés dans le caractère divin9, le résultat ne sera pas à l’image de Dieu.

Pensez à la capacité de gouverner, à dominer (Genèse 1.26-28). La façon de régir, égoïste ou axée sur le service désintéressé, a une plus grande influence que la simple réalité de cette disposition.

Les compétences que Dieu nous a donné, ainsi, ne sont pas une fin en elles-mêmes. Elles nous fournissent plutôt la capacité de prendre des décisions éthiques et vivre des vies morales. Conséquemment, c’est dans le domaine moral, dans le caractère, que l’image de Dieu est le plus clairement révélée10.

Les Écritures affirment que nous avons été « délivrés  de l’autorité des ténèbres » (Colossiens 1.1311) et que le Seigneur restaure notre âme (Psaumes 23.3). Pourquoi la rédemption et la restauration sont-elles nécessaires ? Dans l’imago dei est incluse la volition, la capacité de prendre des décisions. La liberté de choix comprend la capacité d’aimer ou de ne pas aimer, de faire confiance ou pas. Elle inclut la possibilité de choisir le bien ou le mal, la piété ou l'impiété12.

Il est tragique que les premiers humains se soient méfiés du Créateur et qu’ils aient choisi de rejeter une relation avec Dieu. En conséquence, « nous sommes privés de la gloire de Dieu » (Romains 3.23 ; 5.12). À travers l’histoire humaine, nous avons progressivement perdu la ressemblance avec notre Créateur, et l‘image de Dieu a été de plus en plus altérée et déformée.
La bonne nouvelle est que la restauration est possible ! Comment cela se peut-il ? Paul fait remarquer qu’en regardant à Jésus, en contemplant sa vie et ses enseignements, nous sommes transfigurés à son image (2 Corinthiens 3.18).  Cette restauration produit une re-formation de notre vie, une métamorphose (Romains 12.2) dans laquelle ce qui est ancien est passé : « il y a là du nouveau » (2 Corinthiens 5.17).

Ellen White affirme que « le véritable objectif de l’éducation est de restaurer l’image de Dieu dans l’âme »13. Il s’ensuit que la composante « image de Dieu » de la philosophie de l’éducation souligne la raison d’être de l’éducation adventiste et mène aux implications suivantes :

  • Les élèves et les étudiants sont la création de Dieu et ils ont ainsi une valeur inhérente.
  • Les éducateurs doivent exprimer dans leur vie les attributs divins.
  • L’éducation adventiste doit élever Jésus afin que les jeunes puissent voir qui est réellement Dieu et être transformés à sa ressemblance.

2. Le développement global de la personne 

Luc 2.52 déclare que « Jésus grandissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes ». Cette croissance multi-facette comprenait quatre dimensions cruciales : un développement intellectuel, physique, spirituel et social.

De la même façon, Ellen White, dès les premiers paragraphes du livre Éducation, écrit que « la véritable éducation est le développement harmonieux des facultés physiques, mentales et spirituelle »14. Puis elle ajoute qu’une telle expérience d’apprentissage « prépare l’étudiant à la joie du service qui sera le sien dans ce monde, et à la joie plus grande encore du vaste service qui l’attend dans le monde à venir ». De ce fait, elle met l’emphase sur la composante socio-émotionnelle.

Le développement global de la personne décrit le produit de l’éducation adventiste. Dans le domaine mental, l’expérience éducative a le mandat de transmettre la sagesse, une juste application de la connaissance qui cherche à glorifier Dieu et bénir ceux qui nous entourent.  Elle contribue à une  réflexion de niveau supérieur – analyse, évaluation, pensée créative et action. Fondamentalement, elle cherche à encadrer une vision du monde biblique, dans laquelle chaque aspect de la vie et de l’apprentissage est vu à travers une lentille biblique alors que les étudiants s’efforcent de comprendre la discipline et ses applications à la manière divine.

La composante physique englobe un style de vie sain, une solide éthique du travail et des récréations pensées comme des re-créations, c’est-à-dire un changement de routine qui contribue à restaurer l’image divine. L’axe spirituel comprend l’étude de la Bible, le développement d’une relation personnelle et institutionnelle avec Dieu et la formation d’un caractère moral.  Dans la dimension sociale, on trouve le service, le témoignage et l’orientation de la vie et de la vocation en tant que réponses à l’appel divin. Au total, un « développement harmonieux » qui prépare l’étudiant pour la vie dans ce monde et « dans le monde à venir » (voir Illustration 2).

Ce concept clé a plusieurs implications :

  • Les étudiants doivent faire l’expérience d’un développement global à chaque étape éducative.
  • Les éducateurs doivent incorporer des objectifs spirituels, physiques et sociaux clé dans l’ensemble du programme d’études pour une approche équilibrée qui développera davantage les compétences cognitives.
  • Les signes distinctifs de l’éducation adventiste sont les expériences missionnaires et l’apprentissage du service.

3. Toute vérité est vérité divine.

La Bible est claire : « Tout don excellent, tout présent parfait, vient d’en haut ; il descend du Père des lumières, chez qui il n’y a ni changement ni éclipse » (Jacques 1.17, NBS). « Car le Seigneur donne la sagesse ; de sa bouche viennent la connaissance et l’entendement » (Proverbes 2.6). « La grâce et la vérité sont venues par Jésus -Christ » (Jean 1.17).

Dieu est donc la Source de la vérité et il révèle des faits et des principes dans les Écritures, ses œuvres créées dans le monde physique et la société humaine, et les processus de pensée créative et réflective. Cependant chacune de ces choses doit être orientée vers et fonctionner en harmonie avec sa Source. Et parmi ces choses, nous devons reconnaître que la Bible est la révélation la plus claire et la plus complète de la vérité divine (voir Illustration 3).

Dans toute la Bible, le rôle de la Parole dans le processus d’enseignement et d’apprentissage est souligné. David a déclaré « La révélation de tes paroles éclaire » (Psaumes 119.130)16. Et Christ a prié « Consacre-les par la vérité ; c’est ta parole qui est la vérité » (Jean 17.17)

Quelle est donc la place de la Bible dans l’éducation adventiste ? La Bible ne doit pas être une tranche du programme d’études, un sujet parmi de nombreux autres qui est en concurrence avec le temps et l’attention de l’élève. Non, la Parole de Dieu doit être au cœur de toutes les matières (voir Illustration 4).

Ellen White souligne que le rôle des Écritures est d’être le facteur unificateur du programme d’études : « La Bible doit devenir le fondement des études et de l’enseignement 17 ». Luther, le réformateur protestant, a dit la même chose en ces mots :

« Je crains énormément que les universités s’avèreront être les grandes portes de l’enfer à moins qu’elles ne s’efforcent assidûment d’expliquer les Écritures pour les graver dans le cœur de la jeunesse. Je ne conseille à personne de placer son enfant là où les Écritures ne règnent pas en maître. Toute institution dans laquelle les hommes ne sont pas sans cesse occupés par la Parole de Dieu sera  corrompue18. »

Reconnaître que Dieu est la source de toute vérité est un paradigme porteur de l’éducation adventiste qui nous conduit aux implications suivantes :

  • Les étudiants devraient interagir personnellement avec la Parole de Dieu dans chaque matière.
  • Les éducateurs doivent connecter intentionnellement chaque connaissance à sa Source.
  • L’éducation adventiste doit faire de la Parole de Dieu le fondement de toutes les activités académiques.

4. Un cadre spirituel global

Cela nous vient probablement de loin, mais nous avons hérité du problème de la pensée dualiste. Nous créons de fausses dichotomies : amour ou autorité, miséricorde ou justice, théorie ou pratique, étudiant ou sujet.

La dichotomie la plus problématique est cependant le fossé entre le spirituel et le séculier. Nous étiquetons certains aspects de la vie comme spirituels – la fréquentation des services religieux et les dévotions personnelles régulières – tout en considérant le reste séculier, sans référence à Dieu ou à son plan pour notre vie. Le même dualisme peut se retrouver dans l’éducation où le cours de religion, la semaine de prière, ou une pensée pieuse peuvent être considérés spirituels, après quoi on s’attaque au reste du programme d’apprentissage dans un cadre séculier (voir Illustration 5).

Par contre, les Écritures soutiennent qu’une perspective spirituelle doit tout imprégner. « Ainsi, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10.31, NBS).  « Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu, le Père » (Colossiens 3.17).

Paul affirme en outre que nous devons nous emparer « de toute pensée pour l’amener captive à l’obéissance du Christ » (2 Corinthiens 10.5).  Un programme d’études est fait de cours comportant des sujets qui consistent en des concepts. Si toutes les pensées doivent reconnaître la souveraineté de Christ, cela signifie que tous les concepts, sujets, cours et, en fait, le programme éducatif au complet doit reconnaître que Jésus est Seigneur.

Une perspective exhaustive remplie de l’Esprit doit donc englober la vie et l’apprentissage chrétiens (voir Illustration 6). Paul a écrit : « Vous avez revêtu l’homme nouveau qui se renouvelle en vue d la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé », là où « Christ est tout et en tous » (Colossiens 3. 10,11). Remarquez que la restauration de l’image de Dieu implique un renouvellement de l’esprit. « Ayez en vous les dispositions – l’attitude, la perspective –  qui sont en Jésus-Christ » (Philippiens 2.5).

Dans cette ligne, Ellen White a rappelé aux éducateurs : « La religion de la Bible ne doit pas être une touche de couleur appliquée ici et là sur la toile, mais son influence doit infiltrer la vie dans sa totalité, comme si la toile était trempée dans la couleur jusqu’à ce que chaque fil du tissu soit teint d'une couleur profonde, solide et inaltérable19. »

Les implications d’une perspective spirituelle qui englobe tout incluent les éléments suivants :

  • En tant que chrétiens nous devons penser chrétiennement – nous efforcer de voir toutes choses selon la perspective divine.
  • La vision du monde biblique apporte à la vie et à l’apprentissage une approche unifiée, excluant la dichotomie spirituelle/séculière.
  • En tant qu’éducateurs nous devons nous assurer qu’un focus spirituel encadre chaque matière et sujet académiques.

5. Nourrir la foi

Dans les Écritures, la foi, l’apprentissage et la vie sont liés. Paul déclare : « Ainsi la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend par la parole du Christ » (Romains 10.17, NBS). La foi est donc connectée à l’apprentissage sur Dieu et à son plan pour notre vie. Cela est essentiel mais insuffisant. La foi doit aussi être reliée à la vie. Comme Jacques affirme : « Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas d’œuvres, elle est morte en elle-même » (Jacques 2.17).  Ce processus d’intégration de la foi dans l’apprentissage et la vie est lui-même ancré dans la Parole de Dieu (voir Illustration 7).

Nous allons rapidement prendre en compte ces éléments.

La foi. Jésus a demandé : « Mais quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Luc 18.8). La foi c’est la confiance en quelque chose ou quelqu’un. Elle a trois dimensions : 1) la foi en Dieu, soit savoir qu’il existe et le connaître par expérience ; 2) la foi dans la révélation divine –confiance dans le message divin et confiance dans le plan divin ; et peut-être la chose la plus difficile par moment, 3) la foi dans les personnes, dans le potentiel des autres et le nôtre, par la grâce de Dieu.

L’apprentissage. Jésus a déclaré : « Venez à moi… et laissez-vous instruire par moi » (Matthieu 11.28,29). Il y a deux aspects essentiels à ce processus : 1) Apprendre à penser chrétiennement – un changement d’esprit, et 2) apprendre à vivre par la foi – un changement de vie. Le changement d’esprit implique d’internaliser les attitudes et les priorités de Jésus. Le changement de vie implique de faire confiance au plan divin et refléter cet engagement dans nos choix et actions.

La vie. Jésus a annoncé : « Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10.10). Cette vie « abondante » englobe à la fois une vie pleine de sens et une vie éternelle. Elle donne un objectif et une direction à notre vie. Et la dimension éternelle débute quand on accepte Christ comme Sauveur. « Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17.3).

Ainsi qu’est-ce que l’unité de la foi, de l’apprentissage et de la vie ? Elle survient quand les croyances et les valeurs bibliques constituent la base de l’activité académique et que celle-ci, à son tour, cherche à relier le christianisme à l'ensemble de l'expérience humaine. Elle est plus qu’un simple mélange ou une rencontre fortuite. Cette unité se produit quand la foi devient le grand facteur d’intégration de tout apprentissage et de toute vie.

Nourrir la foi est alors le processus intégratif dans la philosophie de l’éducation adventiste.  Ellen White a écrit : « Les étudiants dans nos écoles et toute notre jeunesse devraient recevoir une éducation qui les fortifiera dans la foi »20.  Cet accent sur l'affirmation de la foi mène aux implications suivantes :

  • Les étudiants doivent faire personnellement l’expérience de la foi qui se développe dans le cadre d’une relation avec Dieu.
  • Les enseignants doivent nourrir la foi avec pour but une transformation de l’esprit et de la vie.
  • Un objectif primordial de l’éducation adventiste est de former des personnes qui font confiance au plan de Dieu pour leur vie.

6. Des enseignants remplis de l’Esprit

Le Saint Esprit est la puissance de l’éducation adventiste (Actes 1.8). « Mais c’est le Défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout » (Jean 14.26, NBS, italique fourni). Éphésiens 4 nous rappelle qu’un enseignement rempli de l’Esprit est un don divin accordé « afin de former les saints pour l’œuvre du ministère » et édifier le corps de Christ dans «l’unité de la foi et de la connaissance de la stature parfaite du Christ » (versets 11-13).Dans l’éducation adventiste, les enseignants doivent être compétents – ils doivent faire preuve d’une solide connaissance du contenu et de compétences pédagogiques efficaces, servir de mentors bienveillants et engagés dans la croissance professionnelle.

Le concept d’engagement est biblique. Paul a écrit à Timothée : « Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des gens dignes de confiance qui seront capables, à leur tour, de l’enseigner à d’autres » (2 Timothée 2.2, NBS, italique fourni). Jésus a également clarifié que  « l’esclave avisé et digne de confiance » est quelqu’un à qui le maître peut donner la responsabilité de gérer sa maison (Matthieu 24.45).

Ellen White a affirmé : « Il ne suffit pas que l’enseignant possède un talent naturel et une culture intellectuelle. Cela est indispensable, mais sans une mise en forme spirituelle pour ce travail, il n’est pas prêt à s’y engager. Dans chaque élève, il devrait voir l’ouvrage de Dieu – un candidat aux honneurs éternels »21. Et voilà ce qui nous est promis : « Tout aussi sûrement que les éducateurs des jeunes sont consacrés à Dieu, aussi sûrement leurs efforts seront couronnés de succès dans cette vie et dans la vie future »22.

Un tel engagement implique une consécration totale à Dieu et à l’accomplissement de la mission qu’il  nous a confié. Il inclut le dévouement au salut de nos étudiants, la fidélité à la vision du monde biblique et le zèle pour une vie de témoignage et de service. Cela signifie que nous cherchons à représenter le Maître. « Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ ; c’est Dieu qui encourage par notre entremise » (2 Corinthiens 5.20). « Si quelqu’un parle, qu’il parle de façon à communiquer les paroles de Dieu » (1 Pierre 4.11).

Résumons : les éducateurs adventistes doivent être remplis de l’Esprit – ils doivent être compétents et consacrés. Cette responsabilité unifiée doit être notre priorité personnelle. De plus, les éléments intégrés de la compétence et de l’engagement doivent guider l’institution dans son processus d’embauche, de soutien à la croissance continue de son personnel, et tout au long du processus d'évaluation du personnel (voir Illustration 8). Quelques implications :

  • Le Saint Esprit est essentiel au succès de l’expérience d’enseigner et d’apprendre.
  • En tant qu’éducateurs, nous devons envisager notre profession comme un appel divin, centré sur le salut de nos étudiants.
  • Les éducateurs chrétiens doivent être fidèles en tant que représentants de Dieu.

7. Éduquer pour l’éternité

Parfois, nous éducateurs, adoptons une vision restreinte de ce que les étudiants peuvent devenir et nous nous concentrons largement sur l’aide à leur donner pour passer un cours ou pour s’assurer qu’ils peuvent obtenir leur diplôme. Il arrive que cette vision s’élargisse quand on s’efforce de préparer les étudiants pour qu’ils réussissent dans le contexte plus large de la vie – dans leurs professions, leurs relations avec amis et famille, et en tant que citoyens responsables. Cependant, l’éducation adventiste envisage un champ d'application plus large : une éducation pour l’éternité (voir Illustration 9).

Le concept d’une éducation avec une vision de l’éternité est intégré dans les Écritures : « Amen, amen, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jean 6.47, NBS). Mais « comment croiraient-ils en celui qu’ils n’ont pas entendu proclamer ? Et comment entendraient-ils, s’il n’y a personne pour proclamer ? (Romains 10.14, NBS). Ainsi, pour croire il faut entendre la parole de Dieu et entendre dépend de celui qui partage la Parole.

Ellen White a écrit : « La véritable science de l’éducation qualifiera les jeunes pour la vie éternelle »23. C’est pourquoi, elle a encouragé les éducateurs à « éduquer pour l’éternité »24.

Au cœur de la philosophie de l’éducation adventiste se trouve le salut. « Le grand Maître appelle chaque jeune à apprendre la véritable philosophie de l’éducation : Que dois-je faire pour être sauvé ? »25. Il s’ensuit que l’ultime priorité de l’éducation adventiste du septième jour est que chaque étudiant puisse faire, dans sa vie, l’expérience personnelle de la divine grâce salutaire. « L’œuvre de l’éducation et l’œuvre de la rédemption sont une seule et même chose »26.

Comme un caractère qui ressemble à celui de Dieu est le seul atout « que nous pouvons emporter de ce monde dans l’autre monde27 », la formation du caractère est primordiale dans l’éducation adventiste. Ellen White a affirmé que « le grand objet à assurer [dans l’éducation et la formation des jeunes] devrait être le bon développement du caractère, pour que l'individu soit bien préparé à s'acquitter des tâches de la vie présente, et finalement entrer dans la vie future, la vie immortelle »28. Le témoignage et le service désintéressé sont des expressions tangibles du caractère chrétien maintenant et pendant l’éternité.

La priorité d’éduquer pour l’éternité nous fournit des implications pour l’éducation adventiste :

  • Chaque étudiant doit comprendre la véritable philosophie de l’éducation, sans en ignorer la dimension éternelle.
  • En tant qu’éducateurs, nous devons voir nos étudiants comme Dieu les voit, comme des candidats pour le ciel.
  • L’éducation adventiste doit prioriser la formation du caractère et construire un engagement de vie pour le témoignage et le service.

Conclusion

La philosophie de l’éducation telle que décrite dans les Écritures et précisée dans les écrits d’Ellen White présente les traits caractéristiques de l’éducation adventiste du septième jour. Cette philosophie éducative nous permet de définir clairement le but, le produit, le paradigme, la perspective, le processus, le pouvoir et la priorité de l’éducation adventiste (voir Illustration 10). Ces éléments, à leur tour, sont indispensables pour remplir le Grand Mandat (Matthieu 28.19, 20) par le biais du ministère de l’éducation29.

Ultimement, la philosophie de l’éducation que nous mettons en œuvre représente un choix personnel mais crucial. Paraphrasons les paroles de Josué 24.15 : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : ou les dieux de l’éducation traditionnelle que vos mentors ont servis, ou les dieux de cet âge séculier dans lequel vous vivez maintenant. » Ces perspectives, cependant, ne sont pas les seules options. Il existe une vocation plus noble – une philosophie de l’éducation basée sur la Bible, centrée sur Christ, dirigée par le ciel. Nous, éducateurs adventistes du septième jour, pouvons affirmer : « Moi et ma classe, moi et mon école, nous servirons le Seigneur. »


Cet article a été revu par des pairs.

John Wesley Taylor V

John Wesley Taylor V, Ph.D., EdD, est directeur associé du département de l'éducation de la Conférence générale des adventistes du septième jour à Silver Spring, Maryland, États-Unis. Il peut être contacté à l'adresse suivante : [email protected].

Référence recommandée :

John Wesley Taylor V, Éléments essentiels de la philosophie de l'éducation adventiste, Revue de l’éducation adventiste, n° 61.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Nouvelle Bible Segond, NBS, 2002.
  2. Merriam-Webster Learner’s Dictionary: https://www.learnersdictionary.com/definition/philosophy.
  3. Biblehub, “Philosophia” (n.d.): https://biblehub.com/greek/5385.htm
  4. Toutes les citations bibliques sont tirées de la NBS.
  5. Ellen G. White, “The Bible in Our Schools,” Manuscript 69, June 17, 1897 (ci -après dénommé Ms).
  6. Ellen G. White, Éducation (Mountain View, Calif.: Pacific Press, 1903).
  7. General Conference Working Policy (Nampa, Idaho: Pacific Press, 2020). Une autre articulation claire de la philosophie de l'éducation adventiste du septième jour se trouve dans le document suivant : “Journey to Excellence 2.0,” développé par l’ Education Department of the North American Division (https://journeytoexcellence.com/why).
  8. Une discussion élargie de la philosophie de l'éducation adventiste, écrite par George R. Knight sous la forme d'une série en trois parties sous le titre "Redemptive Education", peut être trouvée dans un numéro spécial de The Journal of Adventist Education (vol. 73, No. 1), disponible dans ces liens : http://circle.adventist.org/files/jae/en/jae201577040404.pdfhttp://circle.adventist.org/files/jae/en/jae201073012217.pdfhttp://circle.adventist.org/files/jae/en/jae201073013823.pdf.  Knight explore également les contours de la philosophie éducative adventiste dans son livre Educating for Eternity: A Seventh-day Adventist Philosophy of Education (Berrien Springs, Mich.: Andrews University Press, 2016).
  9. Les valeurs bibliques constituent le fondement de la formation du caractère moral. « Il t’a fait connaître, ô humain, ce qui est bon; et qu’est-ce que le Seigneur réclame de toi, si ce n’est que tu agisses selon l’équité, que tu aimes la fidélité, et que tu marches modestement avec ton Dieu ? » (Michée 6.8). Le caractère, à son tour, oriente le raisonnement moral. L'instruction de Dieu aux lévites peut être appliquée au travail des enseignants chrétiens aujourd'hui: « Ils enseigneront à mon peuple la distinction entre le sacré et le profane, entre l’impur et le pur. » (Ézéchiel 44.23).
  10. Voir par exemple, Lévitique 19.2; 20.26 ; Ésaïe 43.15 ; Éphésiens 4.24 ; 1 Pierre 1.16.
  11. Tous les textes de cet article sont tirés de la NBS.
  12. Les passages suivants soulignent la capacité humaine de libre arbitre : Nombres 17.5 ; Deutéronome 12.11 ; 30.19 ; Josué 24.15 ; 1 Chroniques 21.10 ; Proverbes 1.29 ; 3:31; Ésaïe 7.15-16 ; 56.4 ; 65.12.
  13. Ellen G. White, Mind, Character, and Personality (Nashville, Tenn.: Southern Publishing Association. 1977), 1:359.
  14. Ellen G. White, Éducation, 13.
  15. Le concept de développement harmonieux dans les écrits d'Ellen White est examiné plus en détail dans un article de l'auteur : “Ellen White and the Harmonious Development Concept,” The Journal of Adventist Education 76:5 (Summer 2014): 16-19: https://circle.adventist.org/files/jae/en/jae201476051604.pdf.
  16. NBS.
  17. Ellen G. White, The Ministry of Healing (Mountain View, Calif.: Pacific Press, 1905), 402.
  18. Cité dans J. H. Merle d’Aubigné, The History of the Reformation of the Sixteenth Century, 190 (Whitefish, MT: Kessinger Publishing, 2003). Note : Édition française publiée en 1835. Édition anglaise publiée en 1846.  
  19. Ellen G. White, Letter 2, March 4, 1895 (ci-après dénommée Lt). Écrite à ceux qui travaillent à Cooranbong (Australie) et qui ont entrepris d’établir un collège adventiste, aujourd’hui l’université Avondale.
  20. Ellen G. White, “A Plea for Loyalty,” Ms 106, November 20, 1905.
  21. Ellen G. White, Counsels to Parents, Teachers, and Students (Mountain View, Calif.: Pacific Press. 1943). 229. Elle a ajouté : « Ceux qui sont engagés comme enseignants dans nos écoles doivent atteindre un haut niveau de consécration » “No Other Gods Before Me,” The Advent Review and Sabbath Herald 84:24 (13 juin 1907): 8
  22. Ellen G. White, “True Education,” Ms 135, October 19, 1898.
  23. Ellen G. White, “What Is Higher Education?” Ms 1, January 19, 1909.
  24. Ellen G. White, “Diary/The Use of Means and Family Responsibilities,” Ms 204, 20 octobre 1903. Se référant au travail éducatif de ce qui allait devenir l'Université de Loma Linda, elle a déclaré : « Nous voulons que tout soit fait pour que le pouvoir d'éducation soit d'un ordre sanctifié. Nous ne voulons pas que des travaux insignifiants y soient effectués. Nous travaillons pour l'éternité". (“Sermon/Thoughts on Exodus 19,” Ms 187, 19 mai 1907).
  25. Ellen G. White, Special Testimonies on Education (1897). Pas d’impression. (Réimpression, Payson, Ariz.: Leaves-of-Autumn Books, 1978.) 240.
  26. Ellen G. White, Éducation, 30.
  27. Ellen G. White, Messages to Young People (Nashville, Tenn.: Southern Publishing Association 1930), 100.
  28. Ellen G. White, Mind, Character, and Personality, 1:361. Ellen White a encore souligné la primauté de la formation du caractère dans la déclaration suivante : « La véritable éducation ne méconnaît pas la valeur des connaissances scientifiques ou des acquisitions littéraires, mais, par-dessus les acquisitions intellectuelles, elle valorise le caractère. Le monde n'a pas tant besoin d'hommes et de femmes dotés d'une grande intelligence que d'un noble caractère... . . La formation du caractère est le travail le plus important jamais confié aux êtres humains ; et jamais auparavant son étude diligente n'a été aussi importante que maintenant. Jamais aucune génération précédente n'a été appelée à faire face à des problèmes aussi importants ; jamais auparavant les jeunes hommes et les jeunes femmes n'ont été confrontés à des périls aussi grands que ceux auxquels ils sont confrontés aujourd'hui". (Éducation, 225).
  29. Comme l’a signalé Ellen White : « Ceux qui... ne sont pas disposés à apprendre du grand Maître la véritable philosophie de l'éducation... ne devraient jamais se voir confier la tâche d'enseigner à la jeunesse. » (Éducation, Ms 141, 24 octobre 1898).