Perspectives | Desmond Hartwell Murray

La recherche peut-elle être un ministère sacré ?

Partie 1

Bien avant que le péché fasse son entrée dans notre monde et notre conscience humaine, bien avant les chérubins et l’épée flamboyante, alors que Dieu avait vu que tout était bon, la Genèse raconte qu’Adam a découvert et nommé la création divine. J’imagine Adam et Ève marchant dans le jardin, dans l'admiration et l'émerveillement, au milieu d’une création parfaite de lumière et de ciel, d’air et d’eau, de plantes et d’animaux. Il n’y avait alors aucune Parole de Dieu écrite ; leur connaissance de Dieu  venait, en partie, de ses œuvres. J’imagine, alors qu’ils se promenaient, cherchant et contemplant les œuvres de Dieu, que ce processus a été profondément spirituel et relationnel, celui-ci ayant révélé la puissance, la providence, la majesté et le pouvoir du Créateur, de celui à qui ils devaient leur premier, et chacun de leur souffle.

En tant que scientifique, cela résonne profondément en moi. Car là, au tout début de notre périple humain, un sentiment d'émerveillement et de révérence est ancré quant à la présence vivante et le témoignage des œuvres de Dieu. Sans Dieu, les œuvres divines et notre observation de ces œuvres ne seraient pas possibles. En effet, « car c’est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes » (Actes 17.28, Nouvelle Bible Segond, NBS). Ainsi, selon mon point de vue, la recherche est un appel profondément sacré qui associe l’inspiration, la révélation et l’imagination. La recherche est fondamentalement un parcours de découverte, y compris la découverte de soi. La racine du mot recherche dégage le sens « d’aller chercher »1.

Notre plus ancien archétype est d’être un chercheur. Notre curiosité innée est intégrée dans les gènes et les neurotransmetteurs dont Dieu nous a dotés2. La curiosité nous aide à être conscients du pouls de l’univers, et à y participer. Dès la fondation même de la terre, les humains ont été des explorateurs et des chercheurs. En fait, avant même de savoir lire, écrire et compter, enfants, « nous partons à la recherche ».  Nous cherchons en nous  pour y découvrir et créer des méthodes de communication, d’art et de musique. Nous explorons les cieux pour la vie et le sens, et la terre pour les éléments et les atomes.

« Partir à la recherche » est un besoin universel qui ne se limite pas au niveau d’éducation, ni au sexe, ni à l’âge, ni à l’ethnicité ni au champ d’études ; il ne se limite pas à la science, la technologie, l’ingénierie ni aux mathématiques. La recherche englobe tous les domaines des investigations, créativités et curiosités humaines. La recherche est expansive et non pas exclusive. Elle est notre patrimoine humain, notre droit de naissance divin et notre héritage3.

La recherche est aussi sacrée

Alors, comment se fait-il que la recherche (chercher) a été mal étiquetée et étroitement définie comme étant seulement une activité séculière, mécaniste, plutôt que d’être considérée comme étant sacrée et spirituelle ? Pourquoi certains la jugent-ils comme contraire à la croyance et incompatible avec elle ?

Souvent, nous perdons de vue le fait que, ancré dans la recherche, se trouve le potentiel pour le bien et le mal. Nos étiquettes de sacré et de séculier sont souvent appliquées à la recherche, dans un réflexe erroné, en nous basant sur les concepts traditionnels des communautés ecclésiastiques et scientifiques. Quelle que soit la raison, je crois qu’il est temps de redéfinir les perceptions et les compréhensions populaires qui voient la recherche comme étant avant tout une entreprise séculière. Ainsi, l’intention et la motivation sous-jacentes de cet article sont qu’il est temps d’avoir un énoncé complet, fort et courageux de la raison pour laquelle la recherche peut être une entreprise sacrée (voir l’encadré 1). Je crois que Dieu a mis devant nous des portes ouvertes sur ses œuvres, et personne ne devrait avoir le droit de les fermer ou de les définir. Voilà les raisons pour lesquelles je crois que la recherche est sacrée :

1. La recherche est un appel divin à demander, chercher et frapper (Matthieu 7.7,8)

Selon moi, cela est le credo du chercheur et la devise du prospecteur. En effet, Dieu a placé en nous la compétence pour faire ces choses mêmes. Il nous a créés aux niveaux moléculaires, physiologiques et psychologiques avec la faculté de « partir à la recherche », ce qui constitue de facto une invitation à être curieux et observateurs et à connaître les œuvres divines. Cette invitation nous dit en partie, « Je fais du nouveau, dès maintenant cela germe ; ne le savez-vous pas ? » (Ésaïe 43.19, NBS). Olive J. Hemmings explique : « Le mot traduit par behold en anglais, par ‘’savoir’’ en français, vient du grec βλέπω, je vois. Ce mot tiré de βλέπω – tel qu’il est dans le texte signifie voir dans le sens le plus profond. Il signifie découvrir ou percevoir ou prendre bien note – comme si cela n’avait pas été vu auparavant. Regarder au-delà ce qui est évident et superficiel4. » Le mot behold apparaît plus de 1000 fois dans la Bible. Dieu veut capter notre attention. Il nous appelle à aller bien au-delà des apparences, des regards furtifs, spéculations hâtives. Son appel est insistant et persistant. Il nous demande de voir en profondeur, de rechercher en profondeur.  Voir, voir, voir ! Ici se trouve l’essence de la recherche : voir « dans le sens le plus profond » la Parole et les œuvres divines. Dans ce processus et à travers ce processus, nous serons changés.

2. La recherche est une lutte sacrée avec Dieu, sa Parole et ses œuvres qui apporte les bénédictions de la révélation.

La recherche s'apparente à l'archétype de la lutte de Jacob avec Dieu. De plus, cette lutte continue tout au long de la vie. En présence de Dieu et devant son enquête sévère, nous sommes tous humbles et éternellement ignorants, comme nous le révèlent les chapitres 38 à 41 de Job (NBS). Nos connaissances des œuvres de Dieu sont insuffisantes et, alors que nous cherchons et poursuivons connaissances et révélations, nous menons à jamais une lutte sacrée. Nous ne sommes essentiellement que des oreilles indiscrètes dans les conseils secrets de la Trinité et les profonds mystères et la sagesse insondable de notre Dieu éternel. Ce mystère, pour moi, est illustré le mieux par l’énigmatique électron. Une grande partie de notre civilisation technologique s’appuie sur l’électron, son comportement, sa fonction et sa manipulation. Et pourtant, l’électron défie toute définition, visualisation et réponse simple à la question : « Vraiment, qu’est-ce qu’un électron5 ? »

3. « La recherche est une curiosité formalisée. C'est fouiller et fouiner dans un but précis. »

Zora Neale Hurston (1891-1960), Africain-Américain romancière et anthropologue africaine-américaine, a écrit cette déclaration qui résume succinctement la relation entre la recherche et la curiosité. Je crois que la curiosité que Dieu nous a donnée est un besoin humain aussi fondamental que la faim et la soif. C’est un besoin de premier ordre qui n’est pas satisfait par la nourriture, l’eau ni la biologie mais par les connaissances. Dans un monde rempli de stimulations, dont certaines sont nuisibles et menacent notre survie, la connaissance est nécessaire pour avoir des réponses intelligentes. La curiosité est le mécanisme de survie qui cherche, se met en quête de cette connaissance. Je crois que nous sommes divinement câblés de cette façon dans nos processus de niveau supérieur, dans nos gènes et dans nos neurotransmetteurs. Par exemple, la dopamine, la substance chimique de récompense du cerveau, selon des études qui l’ont confirmé, est intimement liée l'état de curiosité et de joie du cerveau7. La curiosité – la poursuite de la connaissance à travers la révélation et la recherche – peut nous garder vivants et heureux !

4. La recherche est un « pouvoir » qui est « dans le dessein de Dieu ».

On trouve la déclaration suivante dans le livre Christian Education de Ellen White : « Une connaissance des diverses sciences est un pouvoir, et il est dans le dessein de Dieu que les sciences de pointe soient enseignées dans nos écoles comme une préparation au travail qui doit précéder les dernières scènes de l'histoire de la terre8. » Comme la connaissance scientifique provient premièrement de l’observation, de l’expérimentation et de la preuve,  il va sans dire que la recherche est également « dans le dessein de Dieu ». Ce plaidoyer pour une science avancée est lié non seulement à l'épistémologie mais aussi à l’eschatologie, non seulement à la connaissance mais aussi à la mission. Ce qui veut dire que la recherche ne devrait pas se faire seulement pour son propre intérêt mais aussi pour une mission plus large, pour une finalité plus profonde. Parlons ici d’une implication plus importante : l’imminence du second retour de Jésus n’est pas une excuse, mais elle devrait nous donner la motivation de rechercher de nouvelles connaissances, de nouvelles lumières et de nouveaux engagements dans la recherche9.

Œuvre d'art de Mark Hunt reproduite avec son aimable autorisation.

5. La recherche peut nous amener à pénétrer dans la pensée, le cœur et l’âme de Dieu.

En étudiant et en approfondissant la Parole et les œuvres divines, nos étudiants sont habilités à entrer dans l’imagination même de Dieu. L’imagination divine se révèle dans sa Parole et dans ses œuvres. Pour moi, l’iconographie du voile du temple se déchirant en deux parle de la volonté de Dieu de nous laisser entrer même dans « les mystères insondables » de ses œuvres et de sa Parole. C’est une invitation pour que nos yeux voient, pour que nos oreilles entendent et pour que nos cœurs soient émus par sa création et son imagination.

La recherche peut sonder et exploiter les richesses et les mystères de la Parole de Dieu et de ses œuvres. C’est une façon pour nos yeux mortels de contempler la gloire de Dieu dans notre propre chair. Comme on le lit dans Éducation : « L’esprit de l’homme est en communion avec l’esprit de Dieu, le fini avec l’infini. L’effet de cette communion sur le corps, l’esprit et l’âme dépasse tout ce qu’on peut concevoir10 ». La Bible dit : « Ayez en vous les dispositions qui sont en Jésus-Christ (Philippiens 2.5, NBS). Ainsi la recherche peut étendre, élever, approfondir, enraciner notre compréhension en conciliant la connaissance de la Parole de Dieu, de ses œuvres, et de ses actes de création et révélation. Poursuivre la recherche sous le regard de Dieu, avec une conscience du divin – de quelqu’un et quelque chose de plus grand que soi – donne but, humilité, étonnement et mission à la pratique et au pratiquant de la recherche.

6. La recherche est une mission sans fin.

Notre recherche, nos investigations ne sont pas limitées par la géographie et la temporalité. Nous ne cesserons jamais de chercher à connaître Dieu, sa Parole et ses œuvres. Qui déclare et prédit qu’un jour il n’y aura plus rien à apprendre et à découvrir, est un faux prophète. Plus et pire, une telle attitude et un tel état d’esprit sont à la limite du blasphème car cela sous-entend que Dieu, ses paroles et ses œuvres futures ont des limites. Dieu a de nouvelles pensées ! Il planifie de nouvelles choses ! (Ésaïe 43.19) Ainsi qu’Emily Dickinson l’a écrit : « Ce monde n'est pas une conclusion11. » Il s’en suit qu’il n’y a pas de fin à l’internet, l’univers, la connaissance, et Dieu qui n’a ni commencement ni fin.  En 1888, Ellen White a écrit : « Il n’y a pas de danger plus grand pour les âmes qui déclarent croire la vérité puis qui mettent fin à leur recherche de lumière et de connaissance à partir des Écritures12. » Je crois qu’il n'est pas trop présomptueux d’ajouter à la fin de ce passage les mots « et à partir du livre de la nature ».

7. La recherche est compatible avec deux faits de l'existence humaine : a) Nous ne savons pas tout et jamais ne le saurons car nous voyons « au moyen d’un miroir, d’une manière confuse13 », et b) la connaissance ne nous vient pas en une seule fois mais par révélation progressive et seulement après une recherche persévérante.

L’omniscience appartient à Dieu, et tous les humains doivent chercher. L’idée de notre intelligence humaine mortelle est exprimée dans 1 Corinthiens 8.2 : « Si quelqu’un pense connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faut connaître (NBS). En 1952, le Ministry Magazine  a publié une série de citations tirées des écrits d’Ellen White sur le thème « Une vérité progressive »14.  En voici quelques exemples : « La vérité est une vérité progressive, et nous devons marcher dans cette lumière croissante15. » « Il y a des mines de vérités que le chercheur sincère a encore à découvrir16. » « Il n’y a pas de vertu dans l’ignorance, et la connaissance n’entravera pas la croissance chrétienne17. »

En fait, l’expression « mines de vérités » et le verbe  « extraire »  reviennent souvent dans les écrits d’Ellen White en tant que métaphores pour concrétiser l’idée de vérités encore non découvertes ou cachées et qui doivent être recherchées. De façon similaire, d’autres expressions dans ses écrits, comme « recherche approfondie », « recherche minutieuse », « recherche individuelle », « recherche diligente », créent un narratif qui est en faveur et qui encourage l’activité et le processus de la recherche dans le contexte de la Bible, de la santé et de la nature. On n’y trouve aucune déclaration de dénigrement de la recherche ou allusion au fait qu'il s'agisse d'un processus intrinsèquement séculier. Ses vues éclairées sur la recherche18 sont en contraste très clair avec les déclarations anti recherche de certains pères de l’Église tels que Tertullien et Augustin19.

Dans un article récent de l’Adventist Review, Martin Hanna a écrit : « Il est clair que Dieu n’est pas intimidé par l’accroissance des connaissances, et son peuple ne devrait pas l’être non plus20. » Un exemple de connaissance progressive est le développement de la mécanique quantique et du modèle standard, qui s’inscrivent parmi les théories scientifiques les plus fondamentales et les plus performantes jamais conçues. Elles offrent des réponses, encore incomplètes, encore émergentes – et peut-être ultimement inconnaissables – aux réponses humaines fondamentales depuis des millénaires : De quoi sommes-nous faits ? De quoi l’univers est-il fait ? Quels sont ses éléments constitutifs fondamentaux ?

En effet, notre engagement à chercher, à fouiller et à rechercher est un témoignage de facto, un testament vivant de notre intention de croître dans notre compréhension, dans la vérité et dans notre ministère. Notre engagement envers la recherche ne doit pas seulement être un assentiment intellectuel mais il doit être manifeste dans nos programmes d’études, notre pédagogie, notre pratique et notre investissement dans notre système éducatif adventiste mondial. Il ne doit pas se cantonner aux connaissances déjà acquises mais il doit s’élargir afin de chercher intentionnellement et de façon proactive de nouvelles connaissances, vérités et révélations. La recherche devrait devenir l’emblème de l’éducation adventiste à tous les niveaux et dans toutes les disciplines (voir l’encadré 2). Un engagement envers la recherche en est aussi un à inspirer et former la prochaine génération de chercheurs compétents et passionnés de la Parole de Dieu et de ses œuvres.

8. La recherche peut illuminer l’ignorance humaine et dissiper la noirceur

Il s’agit d’une entreprise d'une pertinence urgente pour dissiper un mélange nocif de théories de conspiration sans fondement et de désinformation virale au 21e siècle. La création de la lumière a été un acte de Dieu, le préambule au reste de sa création. Elle a été son premier « qu’il y ait ». Dans la tradition biblique, la lumière a précédé la connaissance humaine et elle était nécessaire pour la révélation. La recherche est elle-même un instrument d’illumination qui apporte connaissances, révélation, découverte et lumière dans les ténèbres, l’ignorance, les mythes et les conspirations.

Le domaine de la spectroscopie utilise littéralement la lumière de toutes les ondes pour sonder, révéler et nous aider à comprendre notre univers matériel. Du scanner à l'IRM en passant par les capteurs de sécurité et les thermomètres numériques sans contact, l’ensemble de l’édifice des diagnostics modernes est basé sur cet usage de la lumière. Je crois que la capacité de la recherche à illuminer fait partie de la tradition et de l’obligation présentée dans Matthieu 5.15 de faire briller et partager notre lumière pour le bénéfice de tous. Là aussi, on trouve l’implication d’un appel à communiquer et publier nos recherches et connaissances aussi gratuitement que la lumière au monde – pas pour la gloire ou pour un gain personnel mais pour l’édification des autres et pour le plus grand bien. La recherche peut être porteuse de bonnes nouvelles, y compris la pédagogie de la recherche qui engage et inspire nos étudiants à chercher, briller et partager.

9. Les humains conçoivent la recherche, et non pas les robots ou les algorithmes.

La recherche n’est pas simplement une ligne droite stoïque, une adhésion mécaniste aux principes, processus, séquences et étapes de la méthode scientifique. Elle est influencée par tous les aspects de notre humanité et implique l’usage global de notre intellect, notre corps et notre esprit. Nous devrions résister à la notion qu’il y a des démarcations nettes entre l’esprit et la science. La recherche nécessite tous les pouvoirs que Dieu nous a donnés : la curiosité, l’observation, l’intuition, le raisonnement, l’acuité mentale et la créativité. Elle est aussi renforcée par un esprit d’humilité, d’ouverture, de révérence, de curiosité exubérante et de persistance.  Dans une communication personnelle, le professeur principal de recherche d’anthropologie d’Andrews University, Oystein LaBianca, m’a écrit : « Ce que j’aime souligner est que de toutes les créatures de Dieu, les humains ont été faits à son image – dans le but d’être créatifs, pour découvrir et inventer de nouvelles créations. En d’autres mots, alors que nous faisons des recherches, nous affirmons que Dieu nous a faits à son image. Ainsi, la recherche devient un acte d’adoration dans ce sens qu’en faisant des recherches, nous affirmons être faits à son image21. » Ce concept – la recherche est un dérivé divin offert aux humains – en est un puissant qui, répétons-le, suggère que la recherche peut être rédemptrice et peut faciliter la restauration de l’image de Dieu en nous.

10. La recherche n’est pas intrinsèquement séculière.

Bien que pour certains la recherche ne soit pas une activité religieuse, elle est très certainement un engagement qui surgit des profondeurs de l’esprit humain. Il y a des faits existentiels inéluctables de l’esprit humain et de la conscience humaine qui s’impliquent dans la recherche. Notre pleine humanité ne peut pas démêler sommairement l’objectif du subjectif ou s'allumer et s'éteindre automatiquement lorsque nous cherchons. Notre désir et décision de se mettre à la recherche ne viennent pas de molécules sans vie, de voies biochimiques ou de réactions chimiques. Au contraire, cela nous vient de notre humanité, conscience et âme émergentes à partir desquelles nous faisons l’expérience de l’admiration, l’émerveillement, la révérence, une raison d’être, la persistance et la foi. C’est à partir de ce mélange, « que nous vivons, que nous nous mouvons, et que  nous sommes » (Actes 17.28, NBS). C’est avec la totalité de notre être que nous cherchons, recherchons et nous engageons dans le monde.

Comme la nature ne révèle pas tous ses secrets d’un seul coup, nous devons être patients et persévérants. Nous devons aussi avoir du courage afin que lorsque nous rencontrons des échecs ou des revers, nous ne faiblissions pas dans la poursuite d'un objectif, mais persistions fermement contre vents et marées. Nous apprenons, nous adaptons et nous innovons. Cela n’est pas le résultat d’un état d’esprit cynique et séculier mais le produit d’un réalisme optimiste et de l’espoir. En tant que chercheurs authentiques et consacrés, nous pouvons espérer que le meilleur est toujours encore à venir, et nous devons transmettre cet esprit d’optimisme à chaque nouvelle génération de chercheurs.

Comme nous l’avons souligné plus haut, la nature et le processus de la recherche peuvent être sacrés, mais l’attitude et le sens que le chercheur y apporte peuvent être séculiers, et manquer de conscience, d'éveil, de respect et de but divins. Ce sont nos propres valeurs et notre humanité qui déterminent si la recherche est perçue, définie et utilisée à des fins uniquement sacrées ou séculières. Je prie pour que nous ayons en nous la persévérance implacable de Jacob luttant avec Dieu comme décrite dans Genèse 32.22 à 32 (NBS).  Que notre recherche et notre lutte nous apportent la bénédiction d’une plus grande révélation des mystères divins.

La recherche peut-elle être sacrée ? Oui. J’espère que nous apprendrons que la vérité attend le chercheur persévérant, et que la recherche – la recherche et la lutte – est sa propre récompense bénie et sacrée.

La recherche est aussi un ministère

De façon générale et traditionnellement, nous avons limité le sens et la pratique du ministère aux pasteurs, docteurs, infirmières et enseignants, tout en consentant intellectuellement au fait que le ministère peut se pratiquer de diverses manières et par le biais de plusieurs professions. Cependant, la recherche n’est généralement pas la première chose qui vient à l’esprit quand on parle de ministères et de pastorat. Cette dissonance entre croyance et comportement, philosophie et pratique, offre en fait à l’adventisme une occasion de réexaminer et redéfinir le ministère et ce que signifie le pastorat. L’occasion de volontairement élargir et élever notre compréhension corporative et institutionnelle de la recherche comme un ministère peut conduire à un impact plus large et un bien plus grand alors que nous cherchons à racheter et à changer le monde au 21e siècle.

Au sens le plus profond, je crois que la recherche est un ministère, pas seulement philosophiquement mais aussi de façon pragmatique, et voici de quelles façons pratiques : 1) elle est et a été un service indispensable pour faire progresser les niveaux de vie dans le monde entier; 2) elle améliore la vie et le bien-être humain ; 3) elle sauve des vies ici et maintenant ; et 4) elle nous aide à être de meilleurs intendants des œuvres de Dieu, dont notre environnement. Grâce à la recherche nous pouvons sonder les cellules et les molécules pour apprendre comment et pourquoi nous prenons des décisions et d’où viennent nos souvenirs et nos oublis ; nous découvrons des médicaments à ciblage précis ; et nous innovons sur la meilleure façon d’administrer et individualiser les doses pour l’amélioration des soins aux patients. La recherche peut nous aider à développer des processus agricoles plus verts qui aboutissent à des sources alimentaires abondantes et de haute qualité pour nourrir une population mondiale croissante. Par la recherche, nous pouvons lutter contre la faim, la pauvreté et notre crise mondiale de l'eau qui s'aggrave ; nous pouvons nous occuper proactivement des épidémies et pandémies microbiennes futures.

Imaginez notre monde sans la recherche – un monde sans réfrigération, sans aspirine, sans essence, sans pénicilline, sans vaccins, sans téléphones intelligents, sans avions, sans équipement de protection individuelle, sans électricité, sans transfusions sanguines, sans climatisation, ou sans batteries. Ce serait un monde sans la révélation croissante et complète de Dieu.

Bien que l'utilité de certains types de recherche puisse faire l'objet d'un débat, cela ne sape nullement la valeur globale de la recherche. Cela ne diminue pas non plus la valeur inhérente de la recherche de Dieu dans sa Parole et dans ses œuvres. Dans l’entreprise de la recherche, il est bon d’avoir des comptes à rendre, d’accepter la révision par les pairs, afin de s’assurer que les investissements valent la peine, que l’argent investi n’est pas gaspillé, et les applications et les avantages concrets sont offerts à toute la société et pas seulement aux puissants et aux privilégiés. Cette responsabilité peut renforcer le potentiel que la recherche reste un ministère et non pas de la vanité.

Certains considèrent l'utilisation de la science et de la recherche à des fins malveillantes et avec des conséquences nuisibles comme une raison de se méfier et de discréditer l'ensemble du processus. Cependant, l’histoire séculière et ecclésiastique atteste que la corruption du bien est omniprésente à travers toutes les époques et toutes les activités humaines. Les Saintes Écritures révèlent que même lorsqu'ils ont reçu un Eden parfait, les humains l'ont transformé pour leur propre perte. La recherche ne fait pas exception, car, elle aussi, peut être utilisée, et l’a été, pour le mal. Pensons à la mise au point et à l’utilisation d’armes chimiques et biologiques. La recherche peut et a été menée de façons non éthiques, immorales et inhumaines, comme dans les expériences de Tuskegee22. On peut aussi parler du cas de Martin Shkreli23 qui montre que la recherche peut aussi être totalement motivée par l’avarice, l’appât du gain et le profit. Ces exemples, et d’autres, de corruption et d’abus de la recherche  ne suggèrent pas que la recherche ne peut pas être sacrée ni utilisée pour le bien et être un ministère.

Nos choix de sujets de recherche peuvent aussi témoigner de notre foi et de notre mission.  De nombreux défis et problèmes urgents dans notre monde bénéficient de découvertes, de développements et d’innovations qui peuvent découler de la recherche dans des domaines comme l’agriculture, la nourriture, l’eau, la santé, la pollution, l’urbanisation, le changement climatique, les médicaments, les troubles neuropsychiatriques, les maladies infectieuses, pour ne nommer que ceux-là.

En considérant la portée mondiale de l’éducation et les soins de santé adventistes, il est logique que les systèmes des soins de santé et de l’éducation adventistes s’engagent ensemble dans la recherche – intentionnellement, étroitement et collaborativement. Avec plus de 8500 écoles, collèges et universités, 650 hôpitaux, cliniques et dispensaires, et sept écoles de médecine24, ensemble, ces entités peuvent rechercher des connaissances, développer des innovations qui soulagent la souffrance et les douleurs humaines, et promouvoir de nouvelles approches d’apprentissage et d’éducation en santé publique (voir encadré 3). Ce faisant, nous témoignerons et apporterons la guérison, un leadership de service à l’image de Christ, la foi, et des valeurs dans notre monde – ici et maintenant. La recherche dans la Parole de Dieu et ses œuvres peut être notre ministère sacré, du niveau élémentaire au niveau universitaire. Je prie pour qu’il en soit ainsi25.  


Cet article a été revu par des pairs.

Dédié à mes parents, Auldith et Hartwell Murray, mes premiers et éternels maîtres. Ils ont nourri ma faim et ma curiosité intérieures et ont été mes premiers exemples de chercheurs et innovateurs.

Desmond Hartwell Murray

Desmond Hartwell Murray, Ph.D., est professeur associé de chimie à l’université Andrews, Berrien Springs, Michigan, États-Unis. Le D. Murray a offert des opportunités de recherche précoce et des possibilités de mentorat à plus de 1200 étudiants. Il est le directeur fondateur de Building Excellence in Science and Technology (BEST Early), Inspire Early, Environmental Fridays, et du Center for Early Research. Desmond Murray est l'éditeur principal et l'auteur d'un chapitre de l'ouvrage The Power and Promise of Early Reseach, publié lors du symposium  de l'American Chemical Society de 2016.En 2018, il a reçu la plus haute distinction professorale de l'université Andrews, le John Nevins Andrews Medallion. Il a été reconnu en 2010 comme le leader éclairé de l'enseignement des sciences pour le sud-ouest du Michigan, et par le comité d'accréditation de l'American Chemical Society en 2021pour ses initiatives de recherche précoce.

Référence recommandée :

Desmond Hartwell Murray, La recherche peut-elle être un ministère sacré ? Revue d’éducation adventiste, n°61.

NOTES ET RÉFÉRENCES

  1. Merriam-Webster Dictionary (n.d.), “Research” (2022): https://www.merriamwebster.com/dictionary/research.
  2. “Curiosity” (2022): https://en.wikipedia.org/wiki/Curiosity; George M. Whitesides, “Curiosity and Science,” Angewandte Chemie 57:16 (2018): 4126-4129; Matthias J. Gruber, Bernard D. Gelman, et Charan Ranganath, “States of Curiosity Modulate Hippocampus-dependent Learning via the Dopaminergic Circuit,” Neuron 84:2 (2014): 486–496; Celeste Kidd et Benjamin Y. Hayden, “The Psychology and Neuroscience of Curiosity,”Neuron 88:3 (2015): 449-460.
  3. Hugo Lagercrantz et Jean-Pierre Changeux, “The Emergence of Human Consciousness: From Fetal to Neonatal Life,” Pediatric Research 65 (2009): 255–260.doi.10.1203/PDR.0b013e3181973b0d; Alison Gopnik, Andrew N. Meltzoff, et Patricia K.Kuhl, The Scientist in the Crib: What Early Learning Tells Us About the Mind (New York:William Morrow & Co., 1999); Alison Gopnik, “Scientific Thinking in Young Children:Theoretical Advances, Empirical Research, and Policy Implications,” Science 337:1623(28 septembre 2012): 1623-1627.
  4. Olive J. Hemmings, “To Restore Humanity Lost—The Third Last Word of Jesus,” Spectrum Magazine (2 avril 2021).
  5. “What Is an Electron Really?”: http://sciexplorer.blogspot.com/2014/08/what-is-electron-really.html.
  6. Zora Neale Hurston, Dust Tracks on a Road: A Memoir (New York:HarperPerennial, 1996), 143. Hurston est surtout connue pour son roman Their Eyes Were Watching God.
  7. Colin G. DeYoung, “The Neuromodulator of Exploration: A Unifying Theory of the Role of Dopamine in Personality,” Frontiers in Human Neuroscience 7:762 (novembre 2013). doi.10.3389/fnhum.2013.00762.
  8. Ellen G. White, Christian Education (Battle Creek, Mich.: International Tract Society, 1894), 83.
  9. Ellen White rappelle à ses lecteurs que la recherche continuera dans l’éternité. : Dans Éducation, elle a écrit : « Le ciel est une école dont le champ d’études est l’univers et le maître, le Dieu infini…Toutes les aptitudes, les facultés se développeront. Les entreprises les plus extraordinaires seront menées à bien, les aspirations les plus élevées seront satisfaites, les ambitions les plus grandes se réaliseront. Et pourtant, il y aura toujours de nouveaux sommets à atteindre, de nouvelles merveilles à admirer, de nouvelles vérités à pénétrer, de nouveaux sujets d’intérêt pour notre corps, notre esprit, notre âme. (Education (Mountain View, Calif.: Pacific Press, 1903), 301, 307).
  10. Ibid., 14.
  11. Emily Dickinson, “This World Is Not Conclusion”:
  12. https://www.poetryfoundation.org/poems/47653/this-world-is-not-conclusion-373.
  13. Ellen G. White, “In Demonstration of the Spirit,” Advent Review and Sabbath Herald 65:36 (4 septembre 1888): 561.
  14. 1 Corinthiens 13.12 (NBS): « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai comme je suis connu. »
  15. Une collection de citations publiée sous le titre : “COUNSEL: Advancing Truth,” Ministry (juillet 1952): https://www.ministrymagazine.org/archive/1952/07/advancing-truth.
  16. Ellen G. White, Counsels to Writers and Editors (Nashville, Tenn.: Southern Publishing Assn., 1946), 33.
  17. Ellen G. White, Testimonies for the Church (Mountain View, Calif.: Pacific Press,1947), 5:704.
  18. Ellen G. White,Christian Education, 246.
  19. John Wesley Taylor V, “Ellen White and the Role of Research,” The Journal of Adventist Education 82:2 (avril-juin 2020): 27-34.
  20. Par exemple, la citation « l’enfer a été fait pour les curieux » est attribuée à Augustin (voir http://thinkexist.com/quotation/hell-was-made-for-the-inquisitive/361320.html). Quant à Tertullien, dans On the Rule of the Heretic, il a écrit : « Nous ne voulons pas de dispute curieuse après avoir possédé le Christ Jésus, pas d'inquisition après avoir profité de l'Évangile ! Avec notre foi, nous ne voulons aucune autre croyance, car c'est là notre foi primitive, qu'il n'y a rien que nous devrions croire à part cela. » Voir Tertullien, The Writings of Tertullian Vol II (Ontario, Canada: Devoted Publishing, 2017), 30.
  21. Martin Hanna, “Science and the Gospel: A Dialogue,” Adventist Review (29 avril 2021) :
  22. https://adventistreview.org/magazine-article/2105-20/.
  23. Communication personnelle.
  24. “Tuskegee Syphilis Study” (12 mai 2022):
  25. https://en.wikipedia.org/wiki/Tuskegee_Syphilis_Study.
  26. “Martin Shkreli” (13 juin 2022): https://en.wikipedia.org/wiki/Martin_Shkreli.
  27. General Conference of Seventh-day Adventists (2022):https://gc.adventist.org/about-us/departments-services/#education; General Conference Health Ministries (2022): https://www.healthministries.com/history/; Marcos Paseggi, “White Coat Ceremony Dedicates Inaugural Class at School of Medicine in Rwanda,” Adventist World (novembre 2021): https://www.adventistworld.org/white-coat-ceremony-dedicates-inaugural-class-at-school-of-medicine-in-rwanda/.
  28. Remerciements et gratitude à l'égard des collègues, des amis, de la famille et du personnel du JAE qui ont participé à la révision du manuscrit.